Des photos parce que j'aime ça, des commentaires intempestifs, parce que je ne peux vraiment pas m'en empêcher ... et je crois bien que je vais encore trouver autre chose !
Bien que n’étant pas très loin depuis toujours, je dois avouer que la visite du centre ville de Lyon le soir des illuminations du 8 décembre ne m’a pas très souvent tenté. Juste quelques virées en bandes de jeunes qui se fendent la gueule il y a maintenant une éternité, un petit tour il y a une dizaine d’années mais depuis j’étais restée « en province » (c'est-à-dire en rase campagne) pour participer à cette coutume locale, mon lumignon à la main.
Mais là ça paraissait commode, le 8 décembre tombant un samedi… alors pourquoi pas ?
Je pose donc ma voiture en banlieue pour accéder au centre ville en tramway, préférant ne pas prendre le risque d’aller plus loin et de passer la nuit dans un bouchon.
C’est au moment ou les tickets sont tombés du distributeur que j’ai appris que les TCL (Transports en Communs Lyonnais, organisme de toutes les souffrances de ma vie estudiantine) avaient ce jour là décidé d’honorer aussi la générosité de la Vierge Marie en offrant le voyage à tous le monde… enfin, j’ai compris par la suite que c’était surtout les contrôleurs qui n’avaient pas spécialement envie de se faire lyncher… M’en fous, de toute façon, j’avais fraudé, c’était des tickets famille nombreuse et je n’avais pas de justificatif, si ce n’est la famille nombreuse en chair et en os (et il paraît que depuis l’histoire de l’Arche de Zoé, ce n’est plus une preuve) …
Me voilà donc à Perrache au crépuscule, avec ma troupe et leur papa, me dirigeant naïvement vers le marché de Noel de la place Carnot.
Là une succession de petites cabanes présentaient tout un tas de bibelots et autres gâteries. Je ne peux donner plus de détail, n’ayant pas pu réussir à m’approcher des échoppes tant la foule était dense… mais de loin, j’ai quand même vu la tête des camelots, qui visiblement ne vendaient pas grand-chose et pensaient, penaud, au prix qu’ils avaient payés pour avoir le droit de s’installer là…Je les connais, ces pensées là, et je sais les reconnaître…
Là, quelques ventres affamés m’ont rappelé qu’ils avaient passés l’heure du goûter entassés dans un tramway, donc qu’il serait peut être bon de jouer des coudes afin d’acquérir, par exemple, ces engageants pains d’épices qui valent leur pesant d’or.
En tant que bonne mère nourricière, je me suis donc exécutée… Par chance, mes enfants ont aussi des oreilles en plus du ventre, et c’est quand la vendeuse, dépitée, était en train de me rendre la monnaie que la maligne mouflette qui bavait à côté de moi me glissa à l’oreille « Maman, je crois qu’elle a dit 7 euros et c’est marqué 5 »… Effectivement la pitoyable marchande esseulée derrière son comptoir s’était trompée… elle avait surement perdu l’habitude de compter, la pauvresse…
C’était bien tenté…
C’est en arrivant à l’entrée de la rue Victor Hugo, pensant pouvoir enfin laisser derrière moi le gros du grouillement humain en quittant la place Carnot, que j’ai mesuré l’ampleur de la catastrophe. La populace n’était pas seulement là à cause du marché de Noel mais bel et bien répartie avec cette même densité dans tout le centre ville. Les choses avaient bien changé depuis 10 ans…
Nous avons donc avisé une rue parallèle et après maints piétinages, nous sommes enfin arrivés sur la mythique place Bellecour, non sans s'étonner du peu de lumignons aux fenêtres. Dommage pour la vraie tradition ...
Sacrilège ! Ils avaient mis Louis XIV dans une boule à neige, dans le plus pur style kitch… Poséidon, dépité, essayant au pied de la statue de garder sa tête hors de cet amas de polystyrène qui virevoltait dans tous les sens… Mais ne vous méprenez pas par mon ton acide, c'est la multitude qui avait déja commencé à m'agacer. En fait, j’ai trouvé cela très joli.
D’autant plus que la grande roue (2 heures de queue, 7 euros pour un tour de roue… Venez par là les enfants on va voir plus loin s’il y a autre chose…) se reflétait sur les parois de la boule et qu’au loin on pouvait apercevoir la basilique de Fourvière magnifiquement éclairée en contre jour…
Mais c’est, après avoir gagné l'Opéra de Lyon et en essayant de joindre la place des Terreaux que les choses se sont vraiment gâtées… précisément au moment où nous nous sommes engouffrés dans une petite rue, comme plusieurs milliers de personnes, sauf ceux qui n’avaient pas eu le courage d’aller jusqu’au bout et qui rebroussaient chemin, en emmerdant tout le monde-il faut bien le dire-.
J’ai souvenir d’un concert de Bob Dylan, où m’étant glissée au premier rang dans la fosse, agrippée aux barrières, je voyais passer au dessus de ma tête les jeunes filles évanouies aux poumons éclatés qui avaient succombé sous la pression des fans et inconditionnels du Messie.
La foule ne m’angoisse pas particulièrement même si je préfère largement l’éviter, mais ce souvenir était resté à la première place de mon top 10 des plus mauvais souvenirs de la chaleur humaine. Ben là, c'était pire… car c’est en réalisant que le flot humain dans lequel je m’étais bêtement embarquée s’était arrêté et que ça continuait quand même à pousser derrière que j’ai pris conscience du danger que pouvait représenter cette escapade pour mon petit dernier, que je n’avais pas lâché depuis notre arrivée mais qui n’avait, pour l’instant, vu que des derrières.
En effet, je voyais mes deux grands, à la hauteur, se dépatouiller dans cette marée humaine à coup de coudes et de faufilages tout à fait honorables. Mais il n’en fallait pas beaucoup pour que le petit ne trébuche et se fasse piétiner par le troupeau. Il suffisait qu’une bande de jeunes imbéciles (à peu près comme celle dont je faisais partie du temps où on arpentait les rues illuminées en chantant « antisocial » à tue-tête) vienne bourrer un peu tout ça pour que la situation devienne complètement périlleuse. J’ai pris alors le morveux par le colbac et je l’ai poussé devant moi, m’en servant de bélier pour fendre la foule et me frayer un passage.
Oui, il a la tête dure, c’est mon fils…
Mais nous avons fini par arriver sur la place des Terreaux entiers et ensemble, espérant bien voir enfin les merveilles tant méritées.
Face à la fontaine, il y avait une boule multicolore, entourée de jeux de lumières qui tournaient en éclairant de reflets colorés la façade de l’Hôtel de ville et de ce qu’il reste du palais St Pierre. Cela faisait un petit moment que nous admirions ce spectacle nébuleux quand j’entendis une petite voix fluette à coté de moi : « ben, maman, c’est tout ce qu’il y a à voir ? » … sic…
Evidemment, ça faisait déjà plusieurs fois qu’on avait passé le cycle des couleurs de l’arc en ciel, on commençait à connaître l’ordre… et il n'y avait même pas de musique...
Nous avons donc décidé de nous diriger vers la Saône. Nous sommes passé devant une cabine téléphonique transformée en aquarium pour l’occasion… mais trop de morues et de thons agglutinés pour voir ça de plus près.
De loin, sur le pont suspendu La Feuillée, nous apercevions la façade de la gare de St Jean où des animations qui simulaient le passage d’un train apparaissaient à travers les fenêtres.
A ce moment là, il s’est mis à venter, à pleuvoir, la batterie de mon appareil photo m’a lâché et de toute façon, il n’était pas bien possible de s’approcher plus. Ca commençait à faire beaucoup...
Nous avons donc choisi de rentrer. La première idée fut d'essayer de prendre le métro, mais en arrivant sur le quai, des rames déjà bondées arrivaient sur des quais noirs de monde et de guerriers hurlants et gesticulants. C'était une mauvaise idée.
C’est donc à pied que nous avons donc rejoint Perrache, en évitant de se faire éborgner par les baleines des parapluies et les parapluies des baleines.
Mais arrivés là, plus d’alternative : le tram, il fallait le prendre.
La bonne nouvelle, c’est que c’était le terminus et que les trains arrivaient à vide. La mauvaise, c’est que les gens commençaient à cogner pour de vrai…
La tactique a été de nous positionner progressivement juste à l’endroit où les portes de la rame s’ouvrait, en attendant, aux aguets, le moment fatidique où le tramway viendrait s’arrêter devant nous, tel un carrosse.
Le tram est arrivé et à la seconde où les portes se sont ouvertes, j’ai pris mon gamin par le col et je l’ai projeté dans le wagon. J’allais m’y engouffrer à sa suite lorsqu’un corpulent et odieux personnage se mis à jouer des coudes et me bousculer pour passer devant moi. En une fraction de seconde, j’ai réalisé que si le gros lard réussissait à me faire perdre du terrain, il était fort possible que mon fils se retrouve dedans et moi dehors au moment où le tram allait partir.
Faut pas jouer avec les nerfs d’une mère-louve, gras double !
Eh oui, j’avais l’avantage de l’instinct maternel, c’est moi qui suis passée.
Je crois que l’énergumène a été ensuite happé par la foule en délire et a fini la joue écrabouillée contre la vitre du tram. Bien fait !
Mais quand les portes se sont refermées, coupant en deux quelques quidams, nous étions tous à l’abri, sauvés !
Voilà comment, à Lyon on fête l’immaculée conception dans la joie, la générosité, le partage et l’empathie…
Je crois que je préfère peut être le théâtre de rue d’Aurillac…